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Massacre du 28 septembre 2009. « Il y a des Guinéens qui ont des moyens de pouvoir faire quelque chose pour ces victimes, mais ce n’est pas leurs affaires et c’est révoltant » (Asmaou Diallo de AVIPA)

23 décembre 2021

Dans l’émission Cartes sur table de ce jeudi 23 décembre 2021, la présidente de l’Association des Victimes du massacre du 28 septembre 2009 (AVIPA), Asmaou Diallo, a commenté le retour au bercail du capitaine Moussa Dadis Camara.

D’entrée, la présidente de l’AVIPA se dit rassurée par les propos de Dadis qui, dès sa descente d’avion, a déclaré se mettre à la disposition de la justice. « Parce que tout le temps, Dadis dit qu’il est prêt à venir devant la juridiction guinéenne pour pouvoir donner sa version des faits. Aujourd’hui il est en Guinée, son premier discours, c’est un discours apaisant en disant qu’il est prêt à venir devant la juridiction guinéenne. A ce niveau nous sommes très ravis de suivre ce discours, le travail revient au gouvernement guinéen surtout au ministère de la justice », a-t-elle dit.

Par ailleurs, la présidente de l’AVIPA a estimé que le régime d’Alpha Condé a manqué de volonté dans la tenue du procès.  « C’est tellement évident qu’on ne peut même pas y penser parce que, ils avaient toute la chance, toute l’opportunité d’ouvrir le procès mais ils ont voulu que ça soit plus tard toujours plus tard et chaque fois que Cheick Sacko [un des ministres de la Justice d’Alpha Condé] annonçait des dates, cela ne se respectait pas, la preuve est qu’il a préféré démissionner parce que ce qu’il attendait il n’a pas eu. Tout le monde sait qu’en ce moment c’était favorable pour qu’on ait le procès mais le gouvernement d’Alpha Condé n’a pas accepté que le procès se tienne. Aujourd’hui nous avons la chance d’avoir un gouvernement qui parle de justice, c’est pour cette raison que nous estimons que cette fois ci ça pourrait aller », s’est-elle réjouie.

« J’ai près de 600 victimes qui sont enregistrées au sein de l’AVIPA aujourd’hui et l’arrivée continue. Ceux qui n’avaient pas voulu s’enregistrer dans le passé reviennent pour pouvoir s’enregistrer, à ce niveau il y a un engouement au sein de l’AVIPA. A date nous avons porté plainte pour près de 400 personnes et le reste va arriver, parce que les avocats qui sont là, vont continuer le travail », a-t-elle révélé.

« Et nous tenons à ce que ce procès se tienne en Guinée, a-t-elle précisé. J’attire l’attention du gouvernement parce que si le gouvernement n’arrive pas à le faire, vous savez que la CPI était là en novembre dernier et ils se sont compris sur un délai de 3 mois en 2022, si cela n’est pas fait, c’est la CPI qui va récupérer le dossier et cela serait très regrettable. Car durant toutes ces années, y a eu une grande attente et si la CPI reprend le dossier il y aura encore une attente qui sera là, parce qu’il faut aller dans les enquêtes et cela ne va pas être bien pour les victimes et pour nous autres parce que jusque-là nous continuons à enregistrer des décès au niveau des victimes ».

Quid de la prise en charge des victimes ? « Nous avons aussi des malades, actuellement nous avons une dame hospitalisée et on se demande comment faire pour pouvoir la sauver.  Y a tous ces cas-là et nous aimerons comme, ce gouvernement a parlé de justice, de tout mettre à la disposition du ministère de la Justice pour que le procès se tienne.  il y a des maladies qui sont dues aux violences physiques, au viol et même des hommes qui ont eu des fractures et autres, nous avons fait des interventions chirurgicales pour permettre à ces personnes de se remettre et d’autres qui sont amputées et nous les avons amenés au Sénégal  pour pouvoir trouver des prothèses afin de leur permettre de se mouvoir et tout ce que nous pouvons faire quand on a la possibilité, on le fera pour les victimes pour qu’elles se sentent mieux et pour mieux vivre parmi la société », a sollicité la présidente.

Non sans déplorer le fait que « L’État guinéen ne nous accompagne pas, les Guinéens non plus. Quand je dis ils n’accompagnent pas, je parle de financièrement ; surtout sur le programme médical et psychologique pour les victimes et cela n’a jamais vu le jour depuis 2009 jusqu’à maintenant. Nous continuons à travailler avec l’international mais du côté du gouvernement rien du tout. C’est sûr que nous sommes vraiment choqués parce que, c’est un cas qui devrait interpeller tous les Guinéens, parce que le jour de ce massacre ces victimes qui étaient au stade n’étaient pas allées juste parce qu’elles voulaient partir. Mais, pour dire non à la candidature des militaires et c’était pour tout le peuple de Guinée. Malheureusement ça mal tourné et personne n’a fait cas. Au contraire, il y a d’autres qui disaient ce n’est pas vrai, il n’y a pas eu viol et il n’y a pas eu ceci et cela. Mais, nous nous savons ce que nous avons sous la main et les difficultés que nous avons. Le Guinéen quand il s’agit de parler nous sommes très forts mais quand il s’agit de faire des réactions correctes, nous sommes limités. La preuve ce n’est pas des Guinéens qui ont pitié des victimes et qui veulent vraiment les aider pour les faire sortir de cette situation étant donné qu’il y a des Guinéens qui ont des moyens de pouvoir faire quelque chose pour ces victimes mais ce n’est pas leurs affaires et c’est révoltant ».

Thierno Abdoul Barry pour Guinee7.com

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Last modified: 23 décembre 2021

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